Comment reconnaître un Klimt en cinq secondes
De l'or qui n'est pas de la peinture, deux motifs différents pour deux personnes différentes, et la peau comme seule chose du tableau autorisée à être ronde.
Klimt est le peintre que l'on reconnaît sans savoir qu'on le reconnaît : l'or, l'étreinte, l'affiche au-dessus de mille canapés. Sous la décoration il y a une méthode, assez constante pour que trois indices le trahissent sur presque n'importe quelle toile de sa décennie dorée.
Les trois indices
D'abord, le fond est plat. Pas d'horizon, pas de pièce, pas d'ombre portée : juste un champ d'or sur lequel les figures reposent, au lieu d'y être plongées. Ensuite, c'est le motif qui caractérise : dans Le Baiser, lui est enveloppé de rectangles durs en noir et blanc tandis qu'elle est couverte de cercles, d'ovales et de fleurs — on sait qui est qui sans voir un visage. Enfin, le modelé est rationné. Visages, mains, pieds, une épaule : cela, c'est de la chair en trois dimensions, peinte normalement. Tout le reste reste aussi plat qu'un papier peint. Une tête modelée sur un corps d'or plat, c'est la signature de Klimt.
Il ne dorait pas le tableau. Il refusait de faire croire que la surface était une fenêtre.
Pourquoi ça marche
Depuis la Renaissance, la peinture occidentale traitait la toile comme une fenêtre : profondeur, perspective, une pièce crédible derrière le cadre. L'or de Klimt fait l'inverse : il affirme que le tableau est un objet plat et décoré, comme une mosaïque byzantine ou une icône médiévale. Son père était graveur sur or : la matière fut métier de famille avant d'être un style, et les mosaïques de Ravenne lui ont donné l'autorisation. Garder les visages et les mains modelés, c'est ce qui rend la chose mordante : de vraies personnes, pressées dans l'ornement.
En 1897, Klimt claque la porte de l'establishment artistique viennois et fonde la Sécession, dont la devise est toujours gravée au-dessus de l'entrée : À chaque temps son art, à l'art sa liberté. Il en fut le premier président. Un siècle plus tard, son portrait d'Adele Bloch-Bauer devenait, brièvement, le tableau le plus cher jamais vendu.
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Jouer au quiz →Un piège : Vienne 1900
Egon Schiele fut le protégé de Klimt, et les deux sont accrochés ensemble dans toutes les expositions sur Vienne 1900 — ce qui explique la confusion. La distinction est simple une fois connue : Klimt décore, Schiele déshabille. Klimt donne de l'or, du motif et un calme aux yeux clos ; Schiele donne une ligne de contour à vif, des membres tordus, des verts aigres et de la toile nue laissée visible. Si la surface est somptueuse, c'est Klimt. Si elle met mal à l'aise, c'est Schiele.



