Giuseppe Arcimboldo
Le sorcier de fruits et de fleurs à la cour milanaise, qui transforma des légumes de natures mortes en portraits royaux.






Style et technique
L'invention emblématique d'Arcimboldo est la testa composta, ou tête composite : un portrait ou un buste allégorique entièrement construit à partir d'un assemblage d'objets reconnaissables — fruits, légumes, fleurs, poissons, coquillages, oiseaux, livres et outils — disposés avec une précision anatomique telle qu'une poire devient un menton, un chou-fleur une tempe, un livre ouvert un torse, et une bogue de châtaigne une barbe. Chaque élément est peint avec le naturalisme sobre, quasi scientifique, d'une illustration botanique, et pourtant l'ensemble produit un visage humain troublant qui semble cligner des yeux, sourire ou froncer les sourcils vers le spectateur. Cette double vision — de près, une nature morte, de loin, un visage — est le ressort de chacune de ses œuvres, l'inscrivant pleinement dans ce goût maniériste pour l'esprit, l'artifice et la virtuosité conceptuelle qui s'épanouit après le Haut Renaissance.
Ses cycles les plus célèbres, les Saisons et les Éléments, utilisent ce procédé de façon allégorique : l'Été est un profil doré et hâlé tissé de blé, de cerises et de courges ; l'Hiver, une souche d'arbre noueuse d'où percent quelques agrumes tenaces ; l'Eau hérissée de perles, de corail et de dizaines d'espèces de poissons ; le Feu rayonnant de bougies, de silex et de pièces de canon. Peints par paires complémentaires et offerts à des alliés des Habsbourg, ils faisaient office à la fois de présents diplomatiques et d'énigmes savantes, flattant la dynastie en suggérant que son règne harmonisait les cycles et les substances du monde naturel.
Ces tableaux n'étaient jamais de simples allégories solennelles : ils constituaient un divertissement de cour, conçu pour provoquer une reconnaissance ravie dans les cours excentriques et friandes de curiosités de Maximilien II et de Rodolphe II, aux côtés de cabinets de merveilles et d'expériences alchimiques. Arcimboldo organisait également des tournois, concevait des costumes et des machines hydrauliques, et s'essayait à la théorie des couleurs — ce goût du spectacle irrigue l'inventivité théâtrale de ses tableaux. Son chef-d'œuvre tardif, Vertumne, qui représente Rodolphe II en dieu métamorphe des saisons construit à partir de fruits et de fleurs, transforme la plaisanterie en flatterie du pouvoir de l'empereur sur la nature, tout en conservant assez d'ambiguïté — hommage ou moquerie affectueuse ? — pour laisser les spectateurs perplexes pendant des siècles. Cette ambiguïté, longtemps reléguée au rang de simple curiosité, est aujourd'hui perçue comme une ironie maniériste subtile et pleinement consciente d'elle-même.
Vie et héritage
Giuseppe Arcimboldo naquit à Milan vers 1526, fils de Biagio Arcimboldo, peintre attaché à l'atelier de la cathédrale de Milan. Formé dans ce milieu, le jeune Arcimboldo travailla de façon parfaitement conventionnelle pendant deux décennies : il dessina des vitraux pour le Duomo, peignit des fresques et produisit des cartons de tapisserie pour la cathédrale de Côme, dont une Nativité et un monumental Arbre généalogique des Habsbourg qui attira sans doute l'attention de la dynastie. Rien, dans ce parcours précoce, ne laisse présager l'étrange esprit visuel à venir.
Le tournant survint en 1562, lorsque l'empereur Ferdinand Ier appela Arcimboldo à la cour des Habsbourg à Vienne, inaugurant une carrière de plus d'un quart de siècle au service impérial. Il poursuivit sous le règne du fils de Ferdinand, Maximilien II, puis, à partir de 1576, sous celui du fils de Maximilien, Rodolphe II, qui transféra le siège impérial à Prague et en fit le centre le plus excentrique d'Europe pour l'art, la science et la collection de curiosités. Là, au milieu des cabinets de naturalia, des alchimistes et des astronomes, Arcimboldo s'épanouit : au-delà des portraits de cour conventionnels, il conçut les tableaux à têtes composites — les cycles des Saisons et des Éléments — qui firent sa renommée, tout en travaillant également comme concepteur de costumes et de fastes, ingénieur de fêtes et bâtisseur de fontaines hydrauliques pour la vie de cour, réputée théâtrale, des Habsbourg. Il rédigea même des écrits sur les théories liant couleurs et sons, reflet de la même curiosité inlassable et encyclopédique qui animait la cour de Rodolphe.
En 1587, Arcimboldo, désormais âgé, demanda et obtint la permission de se retirer à Milan. Il conserva la faveur de l'empereur à distance : en 1591, il envoya à Rodolphe II Vertumne, un portrait composite de l'empereur en dieu romain de la transformation et des saisons, assemblé à partir de fruits, de fleurs et de légumes. Ravi, Rodolphe fit d'Arcimboldo un comte palatin. Il mourut à Milan le 11 juillet 1593.
Pendant près de trois siècles, Arcimboldo fut quasiment effacé de l'histoire de l'art sérieuse, tout au plus considéré comme l'auteur de curiosités amusantes, indignes du canon des maîtres anciens, ses tableaux dispersés, mal attribués ou oubliés dans des réserves aristocratiques. Sa réhabilitation ne commença qu'au début du XXe siècle, lorsque des artistes et critiques surréalistes et proto-surréalistes reconnurent dans ses images doubles et troublantes un esprit apparenté : Alfred Barr inclut son œuvre dans l'exposition phare du MoMA de 1936, Fantastic Art, Dada, Surrealism, et Salvador Dalí admirait ouvertement ses jeux optiques. Cette redécouverte fit passer Arcimboldo du statut de curiosité maniériste à celui de précurseur visionnaire des idées modernes sur la perception, la métamorphose et l'instabilité de l'image — assurant la réputation dont il jouit aujourd'hui, celle de l'un des peintres les plus inventifs et les plus étudiés de la fin de la Renaissance.
Cinq tableaux célèbres

Vertumne (Rodolphe II en Vertumne) 1591
Le chef-d'œuvre tardif d'Arcimboldo représente l'empereur Rodolphe II en Vertumne, le dieu romain des saisons et de la métamorphose, son visage entièrement construit à partir d'une riche moisson de fruits, de légumes et de fleurs — des cerises en guise de lèvres, une cosse de pois pour une paupière, une courge pour une joue, une chevelure de feuilles de maïs couronnée de raisins et de blé. Envoyé à Prague en 1591 en cadeau, il flattait l'empereur en suggérant que son règne ramenait la nature à l'harmonie d'un âge d'or. Pourtant, son absurdité affectueuse — un empereur fait de légumes — porte un clin d'œil d'ironie maniériste, laissant planer le doute entre hommage et plaisanterie, une tension qui fait encore aujourd'hui de Vertumne l'œuvre la plus célèbre d'Arcimboldo.

Le Bibliothécaire 1566
Parmi les inventions les plus spirituelles d'Arcimboldo, Le Bibliothécaire assemble un érudit assis entièrement à partir des outils de son métier : un torse fait de livres empilés et ouverts en éventail, une barbe de signets pendants, un nez formé d'une clé, et un manteau en plumeau tenant lieu de fourrure. Longtemps lu comme un portrait affectueux d'un bibliothécaire impérial — peut-être Wolfgang Lazius — ou comme une satire des bibliophiles pédants qui collectionnent les livres sans jamais vraiment les lire, le tableau transforme le désordre savant en anatomie comique. Son humour pince-sans-rire et ses habiles jeux de matière illustrent comment Arcimboldo construisait, à partir d'objets du quotidien, non seulement des saisons mais des professions entières.

L'Été (1563) 1563
Peint pour Maximilien II dans le cadre du premier grand cycle des Saisons d'Arcimboldo, cet Été présente un profil hâlé construit à partir des fruits des grandes moissons : une joue de pêche, un nez de concombre, une oreille en épi de maïs, et un col de gerbes de blé tressées portant sa signature et la date, tissées dans le motif comme un sceau de cour. Chaque élément est rendu avec une précision botanique quasi scientifique, et pourtant l'ensemble se résout en un visage fier, légèrement souriant, rayonnant de l'abondance de la saison. Associé à l'origine à Hiver dans un cadeau offert aux Habsbourg, ce panneau demeure l'invention saisonnière d'Arcimboldo la plus reproduite.

L'Eau 1566
Élément de la série des Quatre Éléments qu'Arcimboldo peignit en pendant aux Saisons, l'Eau fait surgir un buste orné de bijoux, légèrement comique, entièrement construit à partir de créatures marines : une épaule en carapace de tortue, une anguille recourbée en bouche, une raie en guise de joue, et une couronne scintillante faite de perles, de corail et d'une pieuvre enroulée. La densité zoologique impressionnante — des dizaines d'espèces de poissons et de coquillages fidèlement observées et serrées bord à bord — fait de ce panneau à la fois un portrait et un inventaire des merveilles marines d'un cabinet de curiosités. Offerte aux côtés du Feu, l'Eau affichait le regard naturaliste d'Arcimboldo et la domination revendiquée par les Habsbourg sur la création.

Le Cuisinier 1570
L'une des malicieuses images réversibles d'Arcimboldo, Le Cuisinier montre une nature morte de viande rôtie, d'un cochon de lait et de volailles entassés sur un plat — jusqu'à ce que le panneau soit retourné, où il se résout alors en un cuisinier au visage rouge et souriant, portant le plat en guise de casque. Ancré dans une longue tradition d'images comiques réversibles, le tableau ajoute une touche de burlesque à l'esprit visuel habituel d'Arcimboldo, suggérant que le visage du cuisinier est, au sens propre, fait de sa propre cuisine. Probablement destiné à divertir la cour en privé plutôt qu'à être exposé publiquement, il révèle un côté ludique et caricatural chez un artiste surtout connu pour ses allégories solennelles.

