Gustave Doré

Période
1832–1883
Nationalité
Français
Dans le quiz
7 tableaux
El neófito (Primera experiencia del monasterio) by Gustave Doré (1868)
Andrómeda by Gustave Doré (1869)
Cristo saliendo del pretorio by Gustave Doré (1872)
La entrada de Cristo en Jerusalén (boceto preparatorio) by Gustave Doré (1876)
Loch Lomond by Gustave Doré (1875)
Las Tierras Altas de Escocia by Gustave Doré (1875)

Style et technique

Gustave Doré est l'un des artistes les plus reproduits de l'histoire, et pourtant presque rien de cette célébrité ne vient de la peinture. Il fut l'illustrateur de livres le plus prolifique du XIXe siècle, produisant des milliers de gravures sur bois pour l'Enfer de Dante, la Bible, Don Quichotte et La Complainte du vieux marin de Coleridge — des univers en noir et blanc peuplés de foules, de monstres et de ciels grands comme des cathédrales, qui ont façonné la manière dont des générations entières ont imaginé l'enfer, le paradis et même le Londres victorien. Ce site laisse de côté ces célèbres gravures. Il présente le versant plus rare et moins connu de Doré : le peintre à l'huile qu'il s'est acharné toute sa vie d'adulte à faire reconnaître.

Son style pictural emprunte aux gravures leurs réflexes théâtraux — foules immenses, diagonales vertigineuses, goût pour le sublime et le terrible — mais les traduit en une touche épaisse et picturale, sur une palette sombre et incandescente, plus proche d'Eugène Delacroix que d'aucun graveur. Là où la gravure travaille en pure ligne et en contrastes, la peinture à l'huile construit son atmosphère à partir de glacis superposés et d'ombres troubles, en quête de la grande peinture d'histoire romantique plutôt que de la netteté d'une page imprimée.

Trois sujets dominent ses toiles. Les épopées religieuses — le Christ condamné, entrant à Jérusalem — peintes à une échelle écrasante, denses de foules anonymes massées autour d'une seule figure illuminée. Le drame mythologique et littéraire, comme une Andromède enchaînée attendant son monstre, ou les amants damnés de Dante emportés par le tourbillon des enfers, des sujets qu'il avait souvent déjà rendus célèbres sous forme gravée et qu'il revisite désormais en couleur. Et, après ses voyages en Écosse, des paysages sombres et noyés de brume, lochs et sommets des Highlands, peints dans la grande tradition du sublime plutôt que comme de simples illustrations.

Paris ne lui accorda jamais tout à fait ce vœu ; les critiques continuaient de traiter ses peintures à l'huile comme le passe-temps coûteux d'un illustrateur. Doré se construisit alors sa propre scène : une galerie à Londres, ouverte en 1868, tapissée du sol au plafond de ses plus grandes toiles religieuses, où le public payant — à défaut des critiques — pouvait juger par lui-même.

Vie et héritage

Paul Gustave Doré naît à Strasbourg le 6 janvier 1832, fils d'un ingénieur des ponts et chaussées, et dessine de façon obsessionnelle presque avant de savoir écrire. À onze ans, il a déjà produit son propre livre illustré ; à quinze ans, tout juste arrivé à Paris, il se présente dans les bureaux de l'éditeur Charles Philipon et parvient à décrocher un contrat pour le journal satirique Le Journal pour rire. Sa famille s'installe bientôt à Paris pour permettre à l'adolescent de continuer à travailler. Il ne suivra jamais d'école d'art formelle.

Ce qui suit est l'une des carrières les plus productives de l'histoire de l'édition. Doré illustre Rabelais, Balzac, et le Don Quichotte de Cervantès ; son édition de 1861 de l'Enfer de Dante le rend célèbre dans le monde entier du jour au lendemain, ses paysages infernaux caverneux, grouillants de monstres, devenant la référence visuelle de Dante pendant plus d'un siècle. Il enchaîne avec une Bible illustrée, le Paradis perdu de Milton, La Complainte du vieux marin de Coleridge, puis, en 1872, Londres : un pèlerinage, une exploration des bas-fonds de la ville menée avec le journaliste Blanchard Jerrold. Il dessinait directement sur les blocs de bois que des équipes de graveurs se chargeaient ensuite de tailler, et s'enrichit d'une manière presque sans précédent pour un illustrateur.

Les critiques français ne lui accordèrent pas cette faveur. Pour l'establishment du Salon parisien, il restait « le graveur » se déguisant en peintre d'histoire, et ses immenses toiles religieuses et mythologiques n'étaient, quand elles étaient examinées, traitées qu'avec condescendance. Doré répliqua en se construisant son propre public. En 1867, il contribua à fonder une galerie sur Bond Street à Londres, un espace d'exposition permanent où ses plus grandes huiles étaient accrochées du sol au plafond pour un public payant qui, contrairement au jury du Salon, venait en masse.

Sa peinture la plus ambitieuse fut de loin Le Christ quittant le prétoire, une toile monumentale sur laquelle il travailla pendant des années, rassemblant une foule immense de soldats, de prêtres, de railleurs et de pleureuses autour d'une seule figure sereine, celle du Christ condamné. Dévoilée en 1872, elle attira des foules considérables tant à Paris qu'à Londres, alors même que les critiques continuaient de se demander si son auteur avait le droit de se dire peintre. Il produisit à ses côtés des scènes bibliques comme Le Néophyte, des sujets mythologiques comme Andromède, et, après ses voyages en Écosse avec Jerrold, de sombres paysages des Highlands, lochs et sommets enveloppés de brume.

Doré ne se maria jamais et vécut toute sa vie à Paris avec sa mère adorée, Alexandrine ; sa mort en 1881 le brisa. Il continua à travailler, épuisé et de plus en plus malade, jusqu'à s'effondrer et mourir d'une maladie cardiaque à Paris le 23 janvier 1883, à l'âge de cinquante et un ans. Ses gravures restèrent imprimées pendant des générations ; ses peintures, la reconnaissance qu'il désirait le plus, tombèrent largement dans l'oubli jusqu'à ce que les musées commencent à les redécouvrir un siècle plus tard.

Cinq tableaux célèbres

Le Christ quittant le prétoire by Gustave Doré (1872)

Le Christ quittant le prétoire 1872

La peinture la plus ambitieuse de Doré, une toile monumentale sur laquelle il peina pendant des années pour répondre aux critiques qui le réduisaient à un simple graveur. Le Christ, condamné et serein, avance au milieu d'une foule immense et houleuse de soldats romains, de prêtres et de pleureuses qui envahit presque chaque centimètre de la toile, sa figure illuminée formant l'unique point d'immobilité au cœur du chaos environnant. Dévoilée en 1872, elle attira des foules stupéfaites tant à Paris qu'à Londres, preuve que le public ordinaire, quoi qu'en pense le jury du Salon, savait encore reconnaître une véritable ambition d'échelle lorsqu'il l'avait sous les yeux.

Andromède by Gustave Doré (1869)

Andromède 1869

Andromède, la princesse mythologique enchaînée à un rocher marin pour punir la vanité de sa mère, attend le monstre qui la dévorera si Persée n'arrive pas à temps. Doré peint son corps pâle et tordu, isolé contre une mer démontée et éclairée par l'orage, ce même ciel tempétueux et ces mêmes eaux violentes qu'il avait passé des années à rendre dans ses gravures de naufrages et de monstres marins. C'est l'une de ses rares incursions dans le nu académique, un genre sur lequel d'autres peintres du Salon avaient bâti leur carrière mais que Doré, absorbé par les épopées religieuses et le travail éditorial, n'aborda presque jamais. Le drame naît ici autant du temps et de l'obscurité que de la figure dénudée elle-même.

Loch Lomond by Gustave Doré (1875)

Loch Lomond 1875

Après avoir parcouru l'Écosse avec le journaliste Blanchard Jerrold, Doré en revint avec une série de paysages des Highlands, et cette vue mélancolique sur le Loch Lomond compte parmi les plus belles. Des montagnes superposées se perdent dans la brume et les nuages, s'estompant à mesure qu'elles s'éloignent du regard, tandis que les eaux immobiles et sombres du loch reflètent le ciel voilé au-dessus, presque sans une ride. Nulle foule ici, nul drame biblique, nulle illustration à servir — seulement le temps, la distance et l'échelle, traités avec ce même appétit pour le sublime qui avait façonné ses tempêtes gravées, mais désormais rendus par la couleur d'un peintre plutôt que par le trait d'un graveur, dans l'une de ses œuvres les plus paisibles et les moins théâtrales.

Les Highlands écossais by Gustave Doré (1875)

Les Highlands écossais 1875

Pendant à ses autres vues des Highlands, ce vaste panorama renonce entièrement à tout épisode humain au profit de la seule échelle brute du paysage : des sommets escarpés et des pentes rocheuses se perdent dans un lointain brumeux et strié de nuages, le terrain sauvage écrasant toute trace de présence humaine. Peint à partir de croquis réalisés durant ses voyages en Écosse avec Blanchard Jerrold, il montre un Doré plus proche de la tradition sublime de Salvator Rosa que de ses propres gravures célèbres, privilégiant une touche libre et atmosphérique au trait fin de l'estampe, preuve que ses ambitions dépassaient largement les épopées bibliques pour lesquelles on le connaît le mieux aujourd'hui.

Le Néophyte (première expérience du monastère) by Gustave Doré (1868)

Le Néophyte (première expérience du monastère) 1868

Un jeune novice, assis raide dans les stalles du chœur d'une chapelle monastique plongée dans la pénombre, est encadré de moines plus âgés vêtus de lourdes robes sombres, et son visage incertain et anxieux se détache aussitôt des leurs. Doré donne à chaque ancien une expression distincte — l'un perdu dans une dévotion sincère, l'autre assoupi, un troisième affichant quelque chose de plus proche d'une complaisance sournoise — transformant une scène paisible de prière communautaire en une subtile étude du doute et de la vocation. Peinte la même année qu'il ouvrit sa propre galerie à Londres, cette œuvre montre que ses ambitions picturales ne se limitaient pas au spectacle, travaillant ici à une échelle intime et psychologique, rare parmi ses épopées religieuses surpeuplées.