François Boucher
Il peignit l'idée que le dix-huitième siècle se faisait du paradis : tout en crème, en rose et en gris tourterelle.






Style et technique
Boucher peignait un monde sans ombres. Ou plutôt, il concevait l'ombre comme une autre sorte de couleur chaude — un rose plus soutenu, un bleu-gris plus frais — et non comme une absence de lumière. Toutes les surfaces de ses toiles rayonnent : la peau de ses Vénus, le satin de ses rideaux, la fourrure de ses épagneuls, les plumes du chapeau de chaque bergère. L'effet total est luxueux à saturation, et c'était précisément le propos.
Il était le peintre officiel de la cour de Louis XV et le favori personnel de Madame de Pompadour, maîtresse principale du roi, qui possédait des dizaines de ses œuvres et lui fit concevoir des cartons de tapisseries pour les manufactures de Beauvais et des Gobelins. Son esthétique n'était pas accidentelle mais absolument délibérée : le vocabulaire visuel de la monarchie absolue dans sa forme la plus confortable et la plus satisfaite d'elle-même.
Sa mythologie est implacablement plaisante. Sa Vénus n'est jamais sévère ni distante ; c'est une jeune femme chaude et légèrement potelée, confortablement allongée à l'horizontale, escortée par des amours qui peinent à retenir leurs sourires. Ses scènes pastorales ont des bergères en soies impossibles et des bergers en chapeaux ornés de rubans — dans sa campagne, personne n'est pauvre, froid ou fatigué.
Techniquement, il était superbement habile. Il dessinait avec une fluidité exceptionnelle — le Louvre conserve des centaines de ses dessins à la craie, qui révèlent un don pour la ligne que sa peinture dissimule parfois sous ses surfaces décoratives. Sa couleur était largement admirée, même par ses rivaux : le bleu azur pâle spécifique qui domine bien de ses ciels et de ses draperies fut connu dans toute l'Europe sous le nom de « bleu Boucher ».
Son influence se propagea à travers les arts décoratifs autant qu'à travers la peinture : ses créations pour la porcelaine de Sèvres, les tapisseries et les panneaux d'intérieur façonnèrent le goût français pendant la seconde moitié du dix-huitième siècle d'une façon encore visible dans toute boutique d'antiquités.
Vie et héritage
Boucher est né le 29 septembre 1703 à Paris, fils d'un fabricant de dentelles. Il se forma auprès de son père puis du peintre François Lemoyne avant de remporter le Prix de Rome en 1723, à l'âge de vingt ans. Il passa quatre ans à Rome mais trouva les monuments antiques moins utiles que les peintures de Pietro da Cortona et la tradition baroque décorative des plafonds. Il rentra à Paris en 1731 et fut admis à l'Académie royale la même année.
Sa montée fut rapide et presque sans obstacle. Il reçut de grandes commandes royales, fut nommé directeur de la manufacture de tapisseries des Gobelins en 1755, et devint en 1765 Premier Peintre du Roi — le titre officiel le plus élevé dans l'établissement artistique français. Il enseigna également beaucoup, et ses élèves inclurent Jean-Honoré Fragonard, qui allait développer sa sensibilité dans une direction plus ouvertement érotique.
Madame de Pompadour fut la relation centrale de sa carrière. Elle fut initiée à son œuvre vers 1745 et devint immédiatement son plus important mécène, lui commandant des portraits, des scènes mythologiques et des ensembles décoratifs pour ses diverses résidences. Il la peignit plusieurs fois en portrait direct, et elle apparaît dans son œuvre comme l'idéal de la femme aristocratique cultivée — lisant, à sa coiffeuse, entourée des objets de la civilisation polie.
Sa carrière atteignit son sommet dans les années 1750 et 1760. Vers la fin des années 1760, la marée philosophique en France avait tourné contre lui. Diderot, le grand encyclopédiste et critique d'art, attaqua son œuvre à plusieurs reprises dans ses comptes rendus de Salon — la jugeant moralement creuse, techniquement superficielle et symptomatique de la décadence d'une cour corrompue. Ces attaques le blessèrent mais ne réduisirent pas entièrement sa réputation de son vivant.
Avec la Révolution française à dix-huit ans de là, son monde — le monde de l'aisance et du plaisir de l'Ancien Régime — commençait déjà à sembler précaire. Le sévère néoclassicisme de Jacques-Louis David allait bientôt balayer son esthétique des murs du Paris à la mode et la remplacer par quelque chose qui n'aurait pu être plus différent.
Cinq tableaux célèbres

Diane au sortir du bain 1742
Deux femmes nues — Diane la chasseresse et une compagne — se reposent près d'un bassin après s'être baignées. Diane est assise légèrement plus haut, le pied levé tandis que son attendante lui enlève quelque chose ; son carquois et ses chiens de chasse sont à proximité. Le tableau est un prétexte pour deux beaux nus féminins dans un paysage, et Boucher ne fait guère d'effort pour le dissimuler. Ce qui le sauve de la simple titillation, c'est la qualité de la peinture de la chair : la lumière tombe différemment sur les deux corps, plus froide sur la compagne, plus chaude sur Diane, et ce contraste confère à la composition une complexité visuelle inattendue. Il est au Louvre à Paris.

Le Triomphe de Vénus 1740
Une grande toile horizontale — 130 par 162 centimètres — montrant Vénus émergeant de la mer, entourée de tritons, de néréides, de dauphins et d'un nuage d'amours. La composition est un hommage direct aux traitements similaires de Rubens, mais Boucher a abaissé la température du chaud or flamand à son rose et bleu pâle caractéristique. Vénus elle-même n'est pas tout à fait la beauté classique du Titien mais une figure plus douce et plus accessible, qui sourit presque au spectateur. La mer en dessous d'elle est d'un vert pâle et lumineux. Elle fut peinte pour la cour suédoise et est au Nationalmuseum de Stockholm.

L'Odalisque blonde 1752
Une jeune femme — probablement Marie-Louise O'Murphy, l'une des maîtresses de Louis XV — est allongée sur le ventre sur une chaise longue, le corps tourné vers le spectateur, le visage tourné vers la droite. Elle est entièrement nue à l'exception d'un ruban pâle dans les cheveux. Le décor est un divan parsemé de coussins de soie. Il n'y a pas ici de prétexte mythologique : c'est un portrait érotique direct, commandé très certainement pour Louis XV lui-même. Une seconde version suivit. La figure fut réutilisée dans une gravure ultérieure. Le tableau est à l'Alte Pinakothek de Munich.

La Toilette de Vénus 1751
Une version tardive du sujet favori de Boucher, peinte pour les appartements de Madame de Pompadour à Bellevue. Vénus s'étend dans un paysage ou une grotte tandis que des amours la servent — l'un tient un miroir, un autre verse de l'eau. La couleur y est à son plus raffiné : la peau pâle contre un tissu or chaud contre un mur de grotte bleu-gris. Le tableau démontre la capacité de Boucher à organiser une composition complexe à plusieurs figures autour d'un centre unique et lumineux. Il est au Metropolitan Museum of Art de New York.

Renaud et Armide 1734
Une œuvre de jeunesse, peinte quand Boucher avait trente et un ans et établissait son mode mythologique-pastoral. Tirée du poème épique de Tasse *La Jérusalem délivrée* : le chevalier croisé Renaud tombe sous le charme de la sorcière Armide et est retenu captif dans son jardin enchanté. Boucher le montre endormi, la tête sur les genoux d'Armide, dans un paysage lumineux de ciel bleu et de lumière dorée. Le jardin possède la qualité particulière de tous ses paysages : il est légèrement trop vert, trop chaud, perpétuellement dans un après-midi. Armide le regarde avec une expression suspendue entre le désir et la culpabilité.



