Georges Braque
Il a démonté la peinture et l'a reconstruite dans un langage qu'il a fallu un siècle pour apprendre pleinement.






Style et technique
Braque et Picasso inventèrent le cubisme ensemble lors d'une période de collaboration si étroite — de 1908 à 1914 environ — que leurs toiles individuelles de cette époque sont parfois difficiles à distinguer, même pour les spécialistes. Leurs tempéraments étaient pourtant opposés. Picasso était impulsif, varié, et cherchait sans cesse un nouveau défi ; Braque, lui, était lent, méthodique, et consacra cinquante ans à approfondir un ensemble restreint de préoccupations — la nature morte sur la table d'atelier, la guitare, la relation entre une surface peinte et le monde physique.
L'intuition centrale du cubisme, à laquelle Braque parvint en partie indépendamment à partir de Cézanne et qu'il développa conjointement avec Picasso, était la suivante : un tableau doit montrer ce que l'on sait d'un objet autant que ce que l'on voit depuis un seul point de vue. Une guitare possède une face avant, une face arrière, des côtés, un manche, une ouïe, des cordes — tout cela simultanément réel et simultanément invisible depuis toute position unique. Le cubisme analytique fractura l'objet en ces vues multiples et les réassembla sur la surface plane de la toile selon une nouvelle logique picturale.
Braque accéda au cubisme par le fauvisme — il était l'un des peintres de couleur vive exposés au Salon des fauves de 1905 — avant de rencontrer l'œuvre tardive de Cézanne lors de l'exposition commémorative de 1907. La réduction du paysage à des solides géométriques chez Cézanne lui révéla que la représentation de l'espace en peinture était une convention, non une vérité.
Quatre traits distinctifs : la palette limitée d'ocres et de gris du cubisme analytique (la couleur est subordonnée à l'analyse structurelle), la table comme espace compositionnel primaire, les lettres et chiffres au pochoir — la date d'un journal, un nom de marque, un prix — comme éléments à la fois image et texte, et une conscience de la texture qui s'inscrit directement dans sa formation de décorateur.
Vie et héritage
Braque naquit le 13 mai 1882 à Argenteuil, au nord de Paris, et grandit au Havre, où son père exerçait le métier de peintre en bâtiment et décorateur à son propre compte. Il fit son apprentissage dans ce métier paternel et obtint le brevet de décorateur qui lui conférait une qualification professionnelle dans le mélange des peintures et l'application des surfaces décoratives — une expertise qui se révélerait déterminante tout au long de sa carrière.
Il arriva à Paris en 1900 et s'inscrivit à l'École des beaux-arts. Il fréquenta également l'Académie Humbert, où il fit la connaissance de Marie Laurencin et de Francis Picabia. Son œuvre de jeunesse était parfaitement conventionnelle jusqu'à ce qu'il découvre les peintures fauves — Matisse, Derain, Vlaminck — au Salon d'automne de 1905, et s'en trouve transformé.
Il passa l'année 1906 dans le Midi avec Othon Friesz, travaillant dans la palette éclatante des fauves. L'été suivant, seul à L'Estaque, il produisit les premiers paysages cubistes : les maisons réduites à des cubes, les arbres à des cylindres, les collines à des plans géométriques, l'ensemble assemblé sans perspective atmosphérique. Il les soumit au Salon d'automne de 1908, où le jury de sélection — qui comprenait Matisse — les refusa. Le marchand Daniel-Henry Kahnweiler organisa une exposition à la place, et le critique Louis Vauxcelles décrivit les tableaux comme des « cubes », donnant son nom au mouvement.
Picasso était parvenu à des conclusions similaires depuis des points de départ différents. Les deux hommes se rencontrèrent fin 1907, quand Braque vit « Les Demoiselles d'Avignon » dans l'atelier de Picasso, et la collaboration qui s'ensuivit fut le dialogue artistique le plus fécond de l'art moderne. Ils travaillaient côte à côte chaque jour, comparaient leurs toiles, construisaient sur les innovations de l'autre et gardaient leurs échanges dans la plus stricte intimité.
La Première Guerre mondiale intervint brutalement. Braque fut mobilisé en août 1914 et grièvement blessé à la tête en mai 1915 — une blessure qui nécessita une trépanation et le tint incapacité pendant près de deux ans. Lorsqu'il reprit la peinture en 1917, Picasso était passé à autre chose. La collaboration était terminée.
À la fin des années 1940 et dans les années 1950, il produisit un nouveau cycle d'œuvres majeures : la série des « Ateliers », huit grandes toiles représentant l'atelier de l'artiste comme un espace intérieur complexe, et la série des « Oiseaux » — de grands oiseaux noirs en vol sur des fonds bleus ou gris — qui devint son image-signature de la période tardive. Il mourut le 31 août 1963 à Paris, à l'âge de quatre-vingt-un ans. À ses funérailles au Louvre, André Malraux, ministre des Affaires culturelles, prononça l'oraison funèbre.
Cinq tableaux célèbres

Maisons à L'Estaque 1908
Le tableau qui lança le cubisme — ou du moins lui donna son nom. Braque peignit les maisons de L'Estaque, le village de pêcheurs provençal où Cézanne avait lui aussi travaillé, comme un empilement de solides géométriques : toits, murs et fenêtres réduits à des plans et des cubes plats, toute la composition comprimée et vue depuis de multiples points simultanément. La palette est entièrement désaturée — ocre, brun, gris, vert — car la couleur distrairait de l'analyse structurelle. Refusé au Salon d'automne, le tableau fut exposé par Kahnweiler, où Vauxcelles le décrivit comme des « cubes ». Il se trouve au Kunstmuseum de Bâle.

Violon et bougeoir 1910
Une nature morte représentant un violon et un bougeoir vus depuis de multiples points de vue simultanés — la méthode du cubisme analytique dans toute sa rigueur. Les objets sont fragmentés en facettes, superposées et translucides, toute la composition construite dans une géométrie serrée de plans gris-brun qui suggèrent à peine leurs objets d'origine sans jamais les abandonner tout à fait. La palette est si restreinte qu'elle paraît d'abord presque monochrome. C'était un choix délibéré : Braque et Picasso estimaient tous deux que la couleur distrayait de l'analyse structurelle qu'ils poursuivaient. La question que pose ce tableau est la suivante : qu'est-ce qu'un violon, une fois qu'on le connaît sous tous ses angles simultanément ?

Clarinette et bouteille de rhum 1911
Cubisme analytique à son apogée : une nature morte représentant une clarinette et une bouteille de rhum fragmentées en un complexe de facettes angulaires superposées. C'est la plus dissoute des natures mortes cubistes — les objets sont presque entièrement dispersés en pure géométrie, et le spectateur doit activement reconstruire la clarinette et la bouteille à partir des fragments. Les lettres au pochoir RUM en haut à droite constituent une invention clé de Braque : du texte littéral inséré dans la surface peinte pour rappeler que cette surface est faite de peinture et de papier, non d'une fenêtre. Ce type d'élément typographique exercera une influence considérable sur la publicité et le graphisme.

Paysage à La Ciotat 1907
Une œuvre de transition, peinte à l'été 1907, avant que Braque ne rencontre Picasso et avant l'analyse cubiste complète. Le paysage reste reconnaissable — une baie, des arbres, un ciel —, mais déjà dépouillé de la perspective atmosphérique, la couleur simplifiée en plans plats de vert, de bleu et d'orange, les formes commençant à presser vers la surface picturale plutôt qu'à se retirer dans la profondeur. C'est le descendant direct des tableaux de L'Estaque de Cézanne ; Braque assimile la leçon cézannienne sur la planéité de l'espace peint et commence à en tirer des conclusions. Le tableau montre le moment exact de la transition du fauvisme au cubisme.



