Henri Rousseau

Mouvement
Post-impressionnisme
Période
1844–1910
Nationalité
French
Dans le quiz
20 tableaux
Landscape with Bridge by Henri Rousseau (1877)
Wagon in Front of the Mill by Henri Rousseau (1879)
Carnival Evening by Henri Rousseau (1886)
Landscape by Henri Rousseau (1886)
Landscape with Cow by Henri Rousseau (1886)
Rendezvous in the Forest by Henri Rousseau (1886)

Style et technique

Rousseau ne reçut jamais de formation artistique formelle et ne commença à peindre sérieusement qu'au mitan de sa vie — ce qui engendre une approche visuelle sans équivalent dans la tradition européenne. Son style est souvent qualifié de naïf ou de primitif, mais ces mots sous-estiment les qualités précises qui rendent son œuvre remarquable : la clarté de la forme, la disposition spatiale insolite, l'extraordinaire précision de l'observation botanique alliée à une totale indifférence envers la perspective conventionnelle.

Ses peintures de jungle sont ses œuvres les plus célèbres et les plus aventureuses sur le plan formel. Il n'avait jamais visité de jungle — il prétendait être allé au Mexique en qualité de musicien militaire, mais cela reste contesté — et pourtant ses intérieurs de forêt tropicale ont une conviction qu'aucun recours à la réalité ne parvient à expliquer entièrement. Les feuilles sont trop grandes, l'échelle est incohérente, les figures sont placées dans le feuillage avec une logique onirique — et pourtant l'effet d'ensemble est celui d'un monde complet en lui-même, une forêt qui existe indépendamment de toute jungle réelle.

Sa méthode compositionnelle était singulière : il construisait ses tableaux à partir d'éléments planaires distincts — un premier plan de feuilles minutieusement détaillées, une figure en plan intermédiaire, un arrière-plan de feuillage supplémentaire — superposés les uns derrière les autres sans profondeur au sens perspectif habituel. L'effet tient davantage du décor de théâtre que du paysage, et cette qualité de théâtralité et d'irréalité fut immédiatement reconnue par les surréalistes comme l'ancêtre de leur propre pratique.

Quatre empreintes distinctives : des feuilles et des formes botaniques grandes et précisément observées, disposées sans profondeur conventionnelle ; des figures insérées dans le paysage selon des rapports d'échelle oniriques ; une lumière plate et nette qui tombe également sur toutes choses sans gradation atmosphérique ; et une pleine assurance compositionnelle que les conventions académiques n'affectent en rien.

Vie et héritage

Rousseau naquit le 21 mai 1844 à Laval, dans le nord-ouest de la France, fils d'un ferblantier. Son éducation fut ordinaire et sa première vie adulte sans éclat particulier : il travailla dans une étude d'avoué, servit dans l'armée lors de la guerre franco-prussienne de 1870-1871, et obtint en 1871 un poste d'inspecteur dans un octroi parisien — un bureau de douane à l'entrée de la ville où il percevait les taxes sur les marchandises y entrant.

Ce poste, qu'il conserva jusqu'à sa retraite en 1893, est à l'origine de son surnom « le Douanier ». C'était un modeste fonctionnaire qui peignait à ses heures perdues, soumettant des œuvres au Salon des Indépendants à partir de 1886. Les Indépendants acceptaient toutes les soumissions sans jury — seule raison pour laquelle ses travaux pouvaient être exposés : aucune manifestation à jury ne l'aurait accueilli.

Ses premiers envois au Salon furent accueillis avec dérision par les critiques, qui trouvaient sa peinture maladroite, sa perspective fausse, ses compositions naïves. Il prenait cette critique pour de l'ignorance et continuait. Il se croyait sincèrement grand peintre — non par arrogance, mais par une totale incapacité à voir ce que les critiques considéraient comme des défauts. Cette cécité fut, rétrospectivement, sa plus grande force.

Il prit sa retraite du service douanier en 1893, à quarante-neuf ans, et se consacra entièrement à la peinture. Ce passage à plein temps coïncida avec les tableaux de jungle qui allaient devenir sa contribution la plus importante : « Surpris ! » (1891), montrant un tigre dans une tempête tropicale, fut le premier ; la suite de scènes de jungle qui suivit — « La Charmeuse de serpents », « Le Rêve », « Le Lion ayant faim » — constitue l'un des ensembles les plus originaux de la peinture de la fin du XIXᵉ siècle.

Au début des années 1900, l'avant-garde le découvrit. Picasso, Apollinaire, Delaunay et les expressionnistes allemands reconnurent dans son œuvre quelque chose que la peinture académique ne pouvait produire : une intelligence visuelle fonctionnant sans les contraintes de la tradition, trouvant ses propres règles à partir de rien. Il devint, dans les années précédant sa mort, une figure de respect véritable plutôt que de condescendance.

Il mourut le 2 septembre 1910 à Paris, des suites d'une blessure infectée à la jambe, à soixante-six ans. Il mourut presque sans le sou, mais sa réputation était déjà assurée.

Cinq tableaux célèbres

Tigre dans une tempête tropicale (Surpris !) by Henri Rousseau (1891)

Tigre dans une tempête tropicale (Surpris !) 1891

Un tigre tapi dans l'épais feuillage de la jungle, chaque brin d'herbe et chaque feuille rendus avec une précision obsessionnelle, une tempête tropicale couchant les herbes horizontalement dans le vent. Le tigre lui-même est légèrement maladroit — ses proportions ne sont pas tout à fait anatomiquement correctes — mais il possède une présence féroce que les animaux anatomiquement exacts de la peinture académique atteignent rarement. Le mot « Surpris ! » du titre suggère que c'est le tigre qui est surpris — mais par quoi, rien ne le dit clairement. Ce fut le premier tableau de jungle et celui qui établit sa réputation comme quelque chose de véritablement nouveau dans l'art français. Il est à la National Gallery de Londres.

Soirée de carnaval by Henri Rousseau (1886)

Soirée de carnaval 1886

Un homme et une femme en costume de carnaval se tiennent dans une clairière, entourés d'une forêt hivernale aux branches nues, la pleine lune visible à travers les arbres au-dessus d'eux. Les personnages sont petits ; la forêt est grande. Les costumes — un Pierrot et une Colombine, les figures traditionnelles de la commedia dell'arte — confèrent au tableau sa qualité de déplacement : ces personnages de théâtre se sont égarés dans une vraie forêt hivernale et s'y tiennent avec une parfaite, légèrement déconcertée équanimité. Le clair de lune est plat, éclaire toute chose de façon égale et donne à la scène sa qualité onirique. C'est l'une de ses premières œuvres et elle établit l'espace plat et théâtral de toute sa peinture ultérieure. Elle est au Philadelphia Museum of Art.

Portrait de Pierre Loti by Henri Rousseau (1891)

Portrait de Pierre Loti 1891

L'écrivain Pierre Loti, célèbre pour ses romans situés en des lieux exotiques, est représenté assis, un chat sur les genoux, coiffé d'un chapeau légèrement trop grand. Le portrait possède la qualité roussovienne caractéristique d'une personne très précisément observée et très imprécisément rendue : le visage est juste, le chapeau est juste, mais le rapport entre l'un et l'autre et le paysage d'arrière-plan, avec ses maisons et ses arbres, a la platitude d'un décor de théâtre. Loti était connu pour son personnage de voyageur du monde ; Rousseau, qui n'avait probablement jamais quitté la France, le peignit avec une respectueuse littéralité. Le portrait est au Kunstmuseum de Winterthour.

La Promenade dans la forêt by Henri Rousseau (1890)

La Promenade dans la forêt 1890

Une femme en robe sombre marche à travers une forêt dense, les arbres autour d'elle rendus avec la qualité plate et précise qui caractérise toute son œuvre de paysagiste. La femme est isolée au centre de la composition, la forêt se resserrant des deux côtés sans la menacer — elle y avance avec l'assurance de quelqu'un qui lui appartient ou qui ignore qu'elle pourrait ne pas lui appartenir. La lumière est plate et nette ; les arbres ont la qualité particulière de choses soigneusement observées puis agencées, plutôt que peintes sur le vif. C'est caractéristique des paysages domestiques ou suburbains qu'il réalisa en parallèle aux tableaux de jungle tout au long de sa carrière.

La Guerre (La Chevauchée de la Discorde) by Henri Rousseau (1894)

La Guerre (La Chevauchée de la Discorde) 1894

Une figure aux cheveux sombres sur un cheval noir traverse un champ de bataille jonché de cadavres et d'armes brisées, des corbeaux tournoyant au-dessus. L'image de la guerre comme personnification à cheval — allégorique plutôt que documentaire — relie Rousseau à la tradition européenne de la peinture d'histoire, qu'il cherchait à rejoindre plutôt qu'à parodier. La maladresse des chevaux, les figures disposées trop régulièrement sur la toile, les corbeaux qui planent en hauteur — tout porte la qualité d'une vision plutôt que d'un événement observé. Il l'exposa au Salon des Indépendants en 1894 avec ces vers : « Elle passe, laissant partout le désespoir, les pleurs et la ruine. » Elle est au musée d'Orsay.