Jacques-Louis David
Il donna à la Révolution son visage, puis donna à Napoléon son mythe.






Style et technique
David peignit la vertu civique comme argument visuel. Ses grands tableaux des années 1780 — Le Serment des Horaces, Brutus, La Mort de Socrate — arrivent au Salon comme des manifestes. Ils montrent des hommes de la Rome antique au moment du choix moral suprême : prêts à mourir pour un principe, choisissant le devoir contre la famille, affrontant la mort avec un calme philosophique. La société française, regardant l'Ancien Régime s'effondrer au ralenti, comprit l'argument sans délai.
Son style fut forgé à Rome, où il passa cinq ans à étudier la sculpture classique et les bas-reliefs antiques. Il en revint avec la conviction que la frivolité rococo de Boucher et de Fragonard n'était pas seulement esthétiquement fausse mais moralement corrompue — l'expression visuelle d'un système aristocratique qui méritait de disparaître. La clarté néoclassique était son arme : contours nets, couleurs locales froides, figures posées de profil comme des personnages sur une frise, décors architecturaux d'une précision géométrique sévère.
Les compositions sont calculées pour produire une sensation morale précise. Dans « Le Serment des Horaces » (1784), trois frères tendent les bras vers trois épées tenues par leur père. L'arcade architecturale derrière eux s'aligne parfaitement avec leurs bras tendus. À droite, les femmes s'effondrent dans le deuil. La moitié gauche du tableau est tout en angles et tension ; la moitié droite est tout en courbes et résignation. La toile formule un argument sur ce que font respectivement les hommes et les femmes.
Après 1799, son style se plia aux exigences de Napoléon. Les sujets républicains héroïques cédèrent la place à d'immenses pageants impériaux : « Le Sacre de Napoléon » (1807), tableau de près de dix mètres de large, où l'on reconnaît deux cents individus lors de la cérémonie à Notre-Dame. La technique est la même — précise, froide, magistralement ordonnée — mais le registre moral s'est inversé. Ce n'est plus la vertu civique, c'est le spectacle dynastique.
Vie et héritage
David naquit le 30 août 1748 à Paris, dans une famille de commerçants d'aisance modeste. Son père fut tué en duel lorsqu'il avait neuf ans ; il fut élevé par ses deux oncles, tous deux architectes nourris d'ambitions culturelles pour leur neveu. Il se forma auprès du peintre François Boucher — un parent éloigné — puis, après avoir échoué trois fois au Prix de Rome, finit par l'emporter à sa quatrième tentative en 1774.
Les cinq années romaines (1775-1780) furent déterminantes. Il arriva peintre compétent mais sans éclat particulier dans la tradition baroque tardive, et repartit théoricien convaincu et révolutionnaire technique. Il avait étudié les sculptures antiques du Vatican et du Capitole, copié avec soin des fresques de Raphaël, et assimilé les idées théoriques du savant allemand Johann Joachim Winckelmann, qui soutenait que l'art grec incarnait l'union parfaite de la beauté et du sérieux moral.
De retour à Paris, il s'éleva avec une rapidité vertigineuse. « Le Serment des Horaces » fut exposé au Salon de 1785 et provoqua la réaction critique la plus commentée de la décennie. Il fut immédiatement lu comme une déclaration politique, même si David n'était pas encore un homme ouvertement politique — le thème du sacrifice patriotique résonnait différemment dans la France de 1785 et dans celle de 1793. Il lui fit suite avec « Socrate buvant la ciguë » (1787) et « Brutus recevant les corps de ses fils » (1789), présenté au Salon qui ouvrit trois semaines après la prise de la Bastille.
La Révolution fit de lui ce qu'il devint. Il en fut un participant actif — il vota la mort de Louis XVI, organisa les grandes fêtes révolutionnaires comme l'équivalent visuel de la mise en scène d'État, siégea au Comité de sûreté générale pendant la Terreur. Il était l'ami intime de Robespierre, et quand Robespierre tomba à Thermidor en 1794, David fut arrêté et brièvement emprisonné. Il échappa de peu à la guillotine.
Il se jeta dans Napoléon. À partir de 1804, il fut le peintre officiel de l'Empereur, produisant le cycle de propagande napoléonienne qui comprend l'immense « Sacre » et la « Distribution des aigles ». Napoléon disait que David était le seul peintre qui l'eût compris.
Il mourut le 29 décembre 1825 à Bruxelles, à soixante-dix-sept ans, après avoir été renversé par une voiture. Louis XVIII avait rejeté sa demande de rentrer en France. Ses élèves — Ingres, Girodet, Gérard — furent les peintres dominants de la génération suivante.
Cinq tableaux célèbres

Le Serment des Horaces 1784
Le manifeste politique et esthétique de David, peint à Rome et exposé au Salon de Paris de 1785 où il fit sensation. Trois frères romains tendent le bras droit vers trois épées tenues par leur père, jurant de combattre — et de mourir si nécessaire — pour Rome contre Albe la Longue. À droite, les femmes de la famille s'effondrent sous l'angoisse. La composition est organisée avec une rigueur géométrique : trois colonnes en arcade, trois groupes de personnages, les bras tendus formant la diagonale centrale. Rien n'est ambigu, doux ou fortuit. La France de 1785 comprit ce tableau comme une peinture sur ce que les hommes devaient à leur État. La République française l'acquit en 1793 ; il est au Louvre.

La Mort de Marat 1793
Jean-Paul Marat, journaliste et révolutionnaire, fut poignardé dans son bain médicinal par Charlotte Corday le 13 juillet 1793. David fut envoyé voir le corps le lendemain et peignit cette toile en quelques mois. Marat gît dans le bain, sa planche à écrire posée sur le rebord, sa main tenant encore la plume qu'il utilisait quand elle l'a frappé. La blessure dans sa poitrine est petite et nette ; son visage est calme. Le tableau est dépouillé de presque tout contexte — ni sol, ni pièce, ni autre personnage, seulement Marat sur un fond sombre. Ce fut la peinture de propagande la plus efficace de l'ère révolutionnaire, et la plus honnête artistiquement, parce que David était sincèrement en deuil.

Napoléon franchissant le Grand-Saint-Bernard 1801
Napoléon commanda cinq versions de ce tableau, toutes variantes d'une même composition : le Premier Consul sur un cheval cabré, son manteau fouetté par le vent dans les hauteurs alpines, la main pointée vers l'avant. La réalité du franchissement — Napoléon monta un mulet — ne présentait aucun intérêt. David fabriquait une image, et il le fit avec la plus grande efficacité : le cheval est presque héraldique, la pose est une citation des portraits équestres du Titien, le ciel est orageux et héroïque. Les pierres au premier plan portent les noms gravés d'Hannibal et de Charlemagne, conquérants qui franchirent les mêmes montagnes. David annonce le troisième nom. Quatre des cinq versions ont survécu ; la plus célèbre est à Malmaison.

Les Sabines 1799
Peint lors de l'emprisonnement de David après Thermidor et achevé en 1799. Le sujet est tiré de la légende romaine : les Sabines, enlevées par les Romains pour en faire des épouses, s'interposent désormais entre leurs maris romains et leurs pères et frères sabins pour arrêter la guerre. David entendait explicitement ce tableau comme une peinture sur la réconciliation après la Terreur — il avait vu ses amis robespierristes monter à l'échafaud et ses amis royalistes également. La composition est immense — 385 sur 522 centimètres — et théâtrale, avec des personnages figés en plein combat dans des poses sculpturales qui évoquent les marbres d'Elgin. Elle est au Louvre.

La Mort de Socrate 1787
Socrate, condamné à mort pour impiété, lève le bras pour recevoir la coupe de ciguë tandis que de l'autre main il désigne le ciel — la philosophie, la vérité, le monde des idées. Ses disciples pleurent autour de lui ; une figure, peut-être Platon, est assise au pied du lit, le dos tourné à la scène. La composition est un exercice moral : voici un homme qui choisit la mort plutôt que la trahison de ses principes. David la peignit en 1787, deux ans avant la Révolution, mais l'argument qu'elle formule — que l'homme de bien meurt plutôt que de transiger — allait être relu dans une toute autre lumière après 1789. Elle est au Metropolitan Museum of Art de New York.



