Berthe Morisot

Mouvement
Impressionnisme
Période
1841–1895
Nationalité
French
Dans le quiz
20 tableaux
Mujer en su toilette by Berthe Morisot (1875)
Dia de verano by Berthe Morisot (1879)
Eugene Manet en la isla de Wight by Berthe Morisot (1875)
Puerto de Niza by Berthe Morisot (1882)
Calvary (after Veronese) by Berthe Morisot (1858)
Farm in Normandy by Berthe Morisot (1860)

Style et technique

De tous les impressionnistes, Morisot fut celle qui alla le plus loin dans la direction vers laquelle pointait la logique du mouvement : vers une peinture qui décrit à peine ce qu'elle représente, qui privilégie la sensation sur l'information, qui laisse la marque sur la surface s'affirmer indépendamment de la chose qu'elle dépeint. Sa touche dans les peintures matures des années 1880 est parmi les plus radicales de l'art du XIXe siècle — des coups de pinceau lâches, nerveux, énergiques qui laissent apparaître la trame de la toile, qui se traînent les uns sur les autres sans se fondre, qui font se dissoudre les figures, les fleurs et l'eau à leurs bords en pur geste.

Ses sujets étaient tirés presque exclusivement du monde qu'elle habitait : l'intérieur domestique, le jardin, le bord de mer, les femmes avec des enfants, les femmes au repos — le monde social accessible à une femme de sa classe et de son époque. Elle ne peignait pas les cafés, les hippodromes ni la classe ouvrière urbaine ; ces sujets n'étaient pas son monde. Ce qu'elle peignait à la place, c'était la qualité particulière de la lumière et du temps dans les espaces qu'elle connaissait, rendue avec une invention formelle qui transforme l'intimité du sujet en quelque chose de beaucoup plus grand.

Elle était proche de Manet — il la peignit plusieurs fois et elle épousa son frère Eugène — et l'influence est visible dans l'assurance de son dessin et dans sa volonté de laisser la composition se résoudre autour de zones de blanc et de quasi-blanc. Mais là où Manet restait attaché à une certaine solidité de la forme, Morisot dissolvait progressivement la forme dans la lumière et l'air.

Quatre empreintes caractéristiques : une touche lâche, traînante qui fixe à peine la forme qu'elle décrit, une palette en clé haute de blanc, bleu pâle et vert doux qui évoque la lumière spécifique de l'Île-de-France et de la côte normande, des femmes et des enfants dans des cadres domestiques et en plein air peints avec une totale liberté, et la volonté de laisser de larges zones de toile à peine touchées qui donne à ses peintures leur légèreté caractéristique.

Vie et héritage

Morisot naquit le 14 janvier 1841 à Bourges, fille d'un haut fonctionnaire du gouvernement. La famille s'installa à Paris en 1852, et Berthe comme sa sœur Edma montrèrent très tôt des dons artistiques pris au sérieux — leurs parents engagèrent des professeurs de peinture professionnels plutôt que d'encourager simplement une occupation de bonne compagnie.

Son premier maître d'importance fut Camille Corot, avec lequel elle travailla au début des années 1860. De Corot, elle absorba une façon de travailler directement d'après nature, en plein air, avec une attention primaire au ton et à l'atmosphère plutôt qu'à la ligne. Elle et Edma travaillèrent ensemble tout au long des années 1860, toutes deux exposant au Salon, jusqu'à ce qu'Edma se mariât et se retirât de la peinture professionnelle — une décision que Berthe ne prit jamais.

Elle rencontra Édouard Manet en 1868, au Louvre où elle copiait des tableaux des anciens maîtres. L'amitié fut la relation professionnelle la plus importante de sa vie. Manet la peignit onze fois ; elle l'initia à la pratique de la peinture en plein air (il n'avait travaillé auparavant qu'en atelier) ; elle lui donna de la couleur. L'échange fut réel et mutuel, bien que l'histoire de l'art — pendant longtemps — n'ait reconnu que le côté de Manet.

Elle exposa à la première exposition impressionniste de 1874, celle qui donna son nom au mouvement, et à toutes les expositions impressionnistes suivantes sauf une — elle manqua la quatrième en 1879 en raison de la naissance de sa fille Julie. En 1874, elle épousa Eugène Manet, le jeune frère d'Édouard, et entra dans le monde social de la famille Manet.

Les années 1880 furent sa période la plus productive. Elle travailla en Normandie, à Bougival, au bois de Boulogne, produisant les toiles lâches et lumineuses sur lesquelles repose sa réputation actuelle. Elle fut soutenue par le critique Stéphane Mallarmé, qui devint un ami intime, et par le collectionneur et marchand Paul Durand-Ruel, qui gérait son travail.

Elle mourut le 2 mars 1895 à Paris, de pneumonie, à cinquante-quatre ans. Sa fille Julie Manet, qui avait quinze ans à sa mort, devint une gardienne importante de sa mémoire.

Cinq tableaux célèbres

Femme à sa toilette by Berthe Morisot (1875)

Femme à sa toilette 1875

Une femme en blanc se tient devant une coiffeuse, partiellement reflétée dans un miroir, entourée de fleurs, de brosses et des accessoires de la routine matinale. La peinture est du Morisot pur dans sa dissolution de la forme en lumière : la figure est à peine là, rendue en touches de blanc, de crème et de gris pâle qui se fondent avec la robe, la table et le fond en un unique champ de luminosité. Le miroir ajoute de la profondeur — le reflet est à peine distinct de la chose reflétée. L'espace domestique est présenté non comme une scène mais comme une atmosphère, et l'atmosphère est toute lumière et air matinal.

Jour d'été by Berthe Morisot (1879)

Jour d'été 1879

Deux femmes dans une barque à rames sur un lac, l'eau derrière elles peinte en larges coups de pinceau horizontaux de bleu, de gris et de blanc qui transmettent la lumière spécifique de l'eau sans la décrire littéralement. L'une regarde droit devant, l'autre sur le côté ; toutes deux sont rendues dans son style tardif caractéristique — les visages résolus à partir de touches de peinture plutôt que dessinés à la ligne. Les reflets des canards dans l'eau à droite comptent parmi les passages les plus dissous de son œuvre. Le tableau fut présenté à la quatrième exposition impressionniste en 1880. Il se trouve à la National Gallery de Londres.

Le Port de Lorient by Berthe Morisot (1869)

Le Port de Lorient 1869

Une œuvre précoce, peinte alors qu'elle développait encore son approche, montrant le port de Lorient en Bretagne avec une figure — sa sœur Edma — assise au premier plan. La peinture est plus contrôlée que son travail de maturité, les formes plus fixes, la composition plus délibérée ; mais la lumière sur l'eau et le ciel est déjà traitée avec une souplesse et une sensibilité qui marquent sa direction. La robe blanche d'Edma est un ancrage formel pour la composition horizontale d'eau, de bateaux et de la ville au loin. Le tableau entra dans la collection d'Édouard Manet, qui en reconnut immédiatement la qualité quand elle le lui montra.

La Sœur de l'artiste à une fenêtre by Berthe Morisot (1869)

La Sœur de l'artiste à une fenêtre 1869

Edma réapparaît ici, assise près d'une fenêtre donnant sur le jardin. L'intérieur est chaud, la lumière de la fenêtre froide et bleu-blanc. Le contraste entre les deux sources de lumière — intérieur chaud, extérieur frais — est traité avec une grande délicatesse. La figure d'Edma est absorbée dans le regard, et le tableau partage cette qualité d'attention absorbée : tout est immobile, en attente. Morisot peindrait ce scénario — une femme à une fenêtre, les mondes intérieur et extérieur qui se rencontrent — à de nombreuses reprises, et dans chaque cas il porte une tonalité de séparation ou de nostalgie qui dépasse son sujet immédiat.

Portrait de la mère et de la sœur de l'artiste by Berthe Morisot (1870)

Portrait de la mère et de la sœur de l'artiste 1870

Un double portrait de sa mère Cornélie et de sa sœur Edma, qui s'était récemment mariée et retirée de la peinture. Le tableau a une tension tranquille : Edma tient un éventail et regarde légèrement ailleurs ; la mère lit. Les deux figures sont ensemble mais ne communiquent pas. La pièce est conventionnellement bourgeoise — papier peint, meubles rembourrés — mais la composition et le traitement de la lumière sont bien de Morisot. Il fut présenté au Salon de 1870, où les critiques le remarquèrent. Le tableau se trouve aujourd'hui à la National Gallery of Art de Washington.