Fernand Léger

Période
1881–1955
Nationalité
Français
Dans le quiz
10 tableaux
The Wedding by Fernand Léger (1911)
The City by Fernand Léger (1919)
Soldier with a Pipe by Fernand Léger (1916)
Mother and Child by Fernand Léger (1922)
Three Musicians by Fernand Léger (1944)
The Smokers by Fernand Léger (1911)

Style et technique

Léger est le cubiste tombé amoureux du XXe siècle. Là où Braque et Picasso décomposaient les objets en fragiles facettes grises, Léger fit tout l'inverse : il bâtit ses formes à partir de tubes, cônes et cylindres rutilants, avec une telle constance que la critique forgea le mot «tubisme» pour désigner sa démarche. Une toile de Léger paraît usinée plutôt que peinte — figures, arbres et fumées y sont pareillement tournés sur un tour imaginaire, dotés d'un éclat métallique par des bandes de lumière et d'ombre, et emboîtés les uns dans les autres comme les pièces d'un moteur.

La deuxième chose à repérer, c'est le contraste comme principe. Léger fait délibérément s'entrechoquer les contraires : la courbe contre la droite, l'aplat de couleur contre le volume modelé, une lettre au pochoir contre un visage humain. Dans sa série Contrastes de formes de 1913, il pousse ce parti pris presque jusqu'à l'abstraction pure, laissant des formes rouges, bleues, vertes et noires se livrer bataille sur toute la surface, la figure n'y étant plus qu'à peine présente.

Après 1918, le vocabulaire se durcit en une esthétique de la machine — couleurs primaires, épais contours noirs et formes qui se détachent de plus en plus de leurs contours, si bien qu'un plan de bleu pur peut voisiner avec une figure sans la décrire. Le Léger de la maturité est immédiatement reconnaissable : franc, plat, joyeux, monumental, peuplé d'acrobates, de cyclistes, de plongeurs et d'ouvriers du bâtiment plutôt que de dieux ou d'aristocrates. Si un tableau traite un ouvrier d'usine avec la dignité qu'un maître de la Renaissance accordait à un saint — et le bâtit à partir de cylindres —, vous avez presque à coup sûr affaire à un Léger.

Vie et héritage

Né à Argentan, dans la Normandie rurale, en 1881, Léger se forma d'abord comme dessinateur en architecture — une discipline qui n'abandonna jamais son sens de la structure. Il arriva à Paris en 1900, encaissa le choc de la rétrospective Cézanne de 1907 et, dès 1909-1910, gravitait dans le cercle cubiste autour de Picasso, Braque et du poète Apollinaire, tout en gardant toujours ses distances avec leur manière analytique et assourdie.

Le tournant fut la Première Guerre mondiale. Léger servit au front comme sapeur et brancardier, se trouva à Verdun et fut gazé en 1916. Il dira plus tard que la guerre «fit de lui un autre peintre» : la culasse d'un canon de 75 mm étincelant au soleil, et la camaraderie des simples soldats qui l'entouraient, le convainquirent que la machine moderne et les gens du peuple étaient les véritables sujets de l'art moderne. De là naquit sa grande «période mécanique» — au premier chef La Ville (1919), un hymne au bruit et à la couleur de la rue moderne.

Dans les années 1920, Léger déborda largement le cadre de la toile. Il coréalisa le film abstrait pionnier Ballet Mécanique (1924), conçut des décors et des peintures murales, et ouvrit un atelier d'enseignement, convaincu que l'art devait appartenir à tous plutôt qu'à une poignée de nantis. Ses formes gagnèrent en calme et en monumentalité, ses figures en humanité assumée.

Politique et peinture convergèrent dans ses dernières années. Léger passa la Seconde Guerre mondiale en exil aux États-Unis (1940-1945), enseignant à Yale et ébloui par les néons et l'énergie industrielle de New York. De retour en France, il adhéra au Parti communiste et consacra sa dernière décennie à célébrer le travail et les loisirs — cyclistes, pique-niqueurs et, plus célèbre encore, les ouvriers des Constructeurs (1950). Il mourut à Gif-sur-Yvette en 1955, ayant passé ses ultimes années à des peintures murales, des céramiques et des vitraux qui portèrent son art démocratique sur les murs du monde moderne.

Cinq tableaux célèbres

La Ville by Fernand Léger (1919)

La Ville 1919

Le manifeste de Léger pour l'âge de la machine, et l'un des tableaux les plus influents des années 1920. Il n'y a ni point de vue unique ni récit — la ville moderne surgit plutôt comme un déferlement de fragments : échafaudages, lettres au pochoir, couleurs d'affiche, un escalier et deux figures grises et robotiques qui semblent assemblées plutôt que nées. Léger maintient l'image plate et aux arêtes tranchantes, laissant des pans de rouge, de bleu, de jaune et de vert purs s'entrechoquer comme des panneaux publicitaires rivaux. Il voulait saisir le tempo de la rue — sa signalétique, sa vitesse, son joyeux chaos visuel — et fit ainsi de la modernité urbaine elle-même le sujet de l'art.

La Noce by Fernand Léger (1911)

La Noce 1911

L'une des premières grandes affirmations cubistes de Léger, peinte alors qu'il cherchait encore ce qui le distinguait de Picasso et de Braque. Un cortège de noce se dissout en une cascade de volumes blancs et gris, vaporeux — têtes, mains et corps arrondis en tubes et en cônes, empilés sur la toile telle une nuée bouillonnante. Des fragments de village, des maisons et des feuillages affleurent entre les figures. On y devine déjà le futur Léger : le primat du volume arrondi sur la facette plate, le traitement structurel, presque sculptural, du corps, et un goût pour la transformation d'un rituel social partagé en pur rythme pictural.

Le Modèle nu dans l'atelier by Fernand Léger (1912)

Le Modèle nu dans l'atelier 1912

Ici, Léger pousse le tubisme jusqu'aux confins de l'abstraction. Le modèle et l'atelier qui l'entoure sont décomposés en ces mêmes cylindres bruns, gris et blancs, si bien que la figure et le décor sont bâtis à partir d'un vocabulaire commun de formes métalliques et courbes. Des bandes de lumière et d'ombre confèrent à chaque forme un éclat usiné, semblable au fer-blanc. C'est un tableau qui parle moins d'une femme que du volume lui-même — la façon dont des solides arrondis peuvent s'emboîter en une structure dense et vibrante. Des œuvres comme celle-ci alimentèrent directement ses Contrastes de formes de 1913, où la figure allait presque disparaître sous le choc des formes pures.

Les Trois Musiciens by Fernand Léger (1944)

Les Trois Musiciens 1944

Amorcé à partir d'études des années 1920 et achevé pendant son exil américain, voici le Léger de la maturité : trois musiciens assis, rendus en figures plates cernées de noir, dans un espace peu profond évoquant une affiche. Le modelé usiné de la période mécanique a disparu ; les corps sont désormais de simples silhouettes monumentales emplies d'une couleur sobre. Léger admirait la franchise de l'imagerie populaire et des enseignes de boutique, et on la ressent dans la clarté frontale et impassible des trois visages. C'est un tableau qui parle des gens ordinaires et du divertissement populaire, traités avec la grandeur sereine qu'il réservait naguère aux machines.

Étude pour Les Constructeurs by Fernand Léger (1950)

Étude pour Les Constructeurs 1950

Le grand thème d'après-guerre de Léger fut le travail, et Les Constructeurs en constituent le sommet. Des ouvriers du bâtiment grimpent sur un treillis de poutrelles se détachant sur un ciel clair strié de nuages, leurs corps aussi robustes et arrondis que l'acier qu'ils manient. Après ses années au Parti communiste, ce fut un art ouvertement politique — un monument aux hommes qui, littéralement, rebâtirent la France —, mais aussi purement légérien : contours francs, aplats de couleurs primaires et formes qui oscillent entre la figure et la machine. Il en réalisa de nombreuses versions ; ensemble, elles font de l'ouvrier ordinaire le héros du monde moderne.