Fernand Léger
Il a regardé un moteur de char et pensé : c'est beau. Puis il l'a peint.






Style et technique
Dix secondes devant un Léger suffisent pour reconnaître le style pour toujours. Le corps humain n'est pas un corps — c'est une pile de cylindres étincelants. Un visage est un disque. Une main, un faisceau de tubes. Chaque surface est nette, aux bords tranchants, usinée, et frappée par les couleurs primaires plates et non mélangées d'un panneau de signalisation ou d'un jeu de construction pour enfants.
Il l'appelait le Tubisme, une évolution personnelle du Cubisme qui remplaçait les plans angulaires et fragmentés de Picasso et Braque par quelque chose de plus rond et de plus mécanique — la géométrie de la salle des machines plutôt que la géométrie analytique du laboratoire. Là où Braque brisait une guitare en fragments pour en montrer tous les plans à la fois, Léger reconstruisait le corps humain comme s'il était assemblé à partir de pièces détachées d'usine.
Les empreintes stylistiques : cylindres et tubes — toute forme est réduite à un volume arrondi ; couleur primaire plate — rouge, bleu, jaune, noir et blanc en aplats nets sans dégradés ; contours noirs épais qui séparent les formes avec décision ; et sujets démocratiques : ouvriers, acrobates, cyclistes, équipes de construction — jamais d'aristocrates ni de dieux mythologiques.
Vie et postérité
Joseph Fernand Henri Léger est né le 4 février 1881 à Argentan, en Normandie, fils d'un éleveur de bétail. Son père mourut quand il avait quatre ans. Il se forma comme dessinateur en architecture à Caen, puis s'installa à Paris en 1900, où il travailla dans un cabinet d'architecte tout en étudiant à l'École des Arts Décoratifs.
Il arriva à Montparnasse au moment exact où le monde était en train d'être réinventé. Il rencontra Robert Delaunay, Guillaume Apollinaire et finalement Picasso et Braque. Dès 1910, il avait commencé sa propre évolution du style Cubiste, développant les figures cylindriques qui deviendraient sa signature.
Le tournant fut la Première Guerre mondiale. Léger servit comme brancardier à Verdun et faillit mourir dans une attaque au gaz moutarde. Entouré d'artillerie, de moteurs et de métal, il vécut une conversion : la machine n'était pas une menace pour l'humanité mais sa plus grande réalisation. Il passa le reste de sa vie à la peindre comme telle.
Après la guerre il entra dans sa période classique — figures monumentales dans des compositions statiques, influencé par les idées puristes de son ami Le Corbusier. Il conçut des décors pour les Ballets Suédois (1921), réalisa le film expérimental Ballet mécanique (1924) et enseigna à l'Académie Moderne, où ses élèves inclurent Alexander Calder et Alberto Giacometti.
En 1931, il effectua son premier séjour aux États-Unis, frappé par l'échelle de la publicité américaine. Il retourna enseigner pendant la Seconde Guerre mondiale (1940–45), vivant à New York. Son ultime chef-d'œuvre fut Les Constructeurs (1950) — des ouvriers du bâtiment sur des échafaudages d'acier, traités avec l'échelle et la dignité d'un retable de la Renaissance.
Léger mourut à Gif-sur-Yvette le 17 août 1955, à 74 ans, quelques heures après avoir reçu un doctorat honoris causa de l'Université de Paris. Le Musée National Fernand Léger à Biot, dans le sud de la France — dont la façade est couverte d'une mosaïque céramique qu'il avait conçue — ouvrit ses portes trois ans plus tard.
Tableaux célèbres

La Noce 1911
Une dense foule de figures cylindriques grises et blanches — invités au mariage, fumée, mobilier — fusionne en une procession tumultueuse où les visages individuels se distinguent à peine de la masse tubulaire de l'ensemble. Ce fut la toile de la percée de Léger : la première œuvre dans laquelle il s'engagea pleinement dans sa grammaire Tubiste et abandonna la géométrie angulaire du Cubisme. Exposée au Salon des Indépendants en 1912, elle est aujourd'hui au Centre Pompidou de Paris.

La Ville 1919
Un patchwork vertical de lettres d'affiche, d'échafaudages, de figures mécaniques et de fragments architecturaux empilés comme un décor de cinéma gorgé de couleurs primaires — l'hymne de Léger à la ville moderne comme énergie visuelle pure. Exposée en 1919, l'année suivant l'Armistice, la toile déclarait que la peinture pouvait être aussi bruyante, plate et fragmentée que l'environnement urbain. Elle est au Philadelphia Museum of Art.

Le Soldat à la Pipe 1916
Un soldat massif assis — son corps une pile de cylindres brillants — fume une pipe avec la gravité imperturbable d'une machine au repos. Le visage est un disque, l'uniforme une série de tubes. Peinte près du front pendant la Première Guerre mondiale, c'est la première figure Tubiste pleinement réalisée de Léger : l'homme a été fabriqué dans le même métal que l'artillerie qui l'entoure. Elle est accrochée à la Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen à Düsseldorf.

Étude pour Les Constructeurs 1950
Des ouvriers du bâtiment disposés sur un échafaudage dans un motif précis de couleurs primaires plates — combinaisons bleues, casques jaunes, poutres rouges — leurs corps aussi anguleux que la structure d'acier qu'ils élèvent. Étude préparatoire pour la toile la plus célèbre de la période tardive de Léger, c'est un manifeste en miniature : pour lui, l'ouvrier moderne était le légitime héritier du héros de la Renaissance. L'œuvre finale est au Musée National Fernand Léger de Biot.

Les Fumeurs 1911
Deux grandes figures entrelacées remplissent la toile de volutes de fumée gris-bleu — visages à peine distinguables de la vapeur, corps fusionnés dans un dense enchevêtrement de formes cylindriques qui ressemblent presque à un schéma industriel. L'une des premières grandes déclarations du style cubiste-tubiste de Léger, elle se trouve au Solomon R. Guggenheim Museum de New York.



