Mary Cassatt

Période
1844–1926
Nationalité
Américain
Dans le quiz
15 tableaux
El baño del niño by Mary Cassatt (1893)
Niña en un sillón azul by Mary Cassatt (1878)
En el palco by Mary Cassatt (1878)
El paseo en barca by Mary Cassatt (1894)
Mujer con collar de perlas en un palco by Mary Cassatt (1879)
Joven madre cosiendo by Mary Cassatt (1900)

Style et technique

Mary Cassatt a bâti son art autour d'une prémisse unique et radicale : l'intimité quotidienne entre une mère et son enfant constituait un sujet suffisant pour la grande peinture, à condition qu'elle soit rendue sans sentimentalisme. Elle a peint le bain, l'allaitement, l'habillage et la lecture tels qu'elle les observait, sans pose et sans idéalisation, souvent saisis en plein geste, refusant le vernis mièvre que la peinture de Salon appliquait d'ordinaire aux scènes domestiques. Un petit pied d'enfant blotti dans l'eau savonneuse, la joue d'une mère pressée distraitement contre celle de son nourrisson — ce sont des images tendres, mais le pinceau de Cassatt les garde lucides, presque cliniques dans leur attention au poids, à la posture, à la mécanique du toucher.

Cette clarté doit beaucoup au Japon. Après avoir vu une grande exposition d'estampes ukiyo-e à Paris en 1890, Cassatt fut électrisée, et cette rencontre remodela durablement ses compositions. Elle adopta le plan pictural aplati, le contour noir affirmé, ainsi que les cadrages asymétriques et les points de vue plongeants privilégiés par des artistes comme Utamaro. Les figures sont fréquemment tranchées par le bord du cadre, basculées dans des perspectives abruptes qui font pencher le sol, ou silhouettées contre des champs de couleur à motifs plutôt que modelées dans un espace illusionniste. Sa série d'estampes en couleur, à la pointe sèche et à l'aquatinte, réalisée en imitation directe de cette technique japonaise, poussa l'aplatissement plus loin encore, réduisant les figures à d'élégants plans de couleur non modulée, liés par un contour fluide.

Au sein de l'idiome impressionniste qu'elle partageait avec Degas, Morisot et Pissarro, Cassatt ne fut jamais une simple disciple. Sa touche est décisive plutôt qu'atmosphérique — elle se souciait moins de dissoudre la lumière que de décrire une forme solide, vite et sûrement, privilégiant le motif, la silhouette et les formes imbriquées du costume et du mobilier plutôt que les contours adoucis. Elle déployait la couleur avec une audace inhabituelle : des verts acides contre du rose poudré, le noir utilisé comme une pleine valeur chromatique plutôt que comme une absence de couleur, une habitude partagée avec Manet et Degas mais poussée vers ses propres fins, discrètement graphiques. Le résultat est à la fois formellement audacieux et intemporellement observateur dans son sujet : des femmes absorbées dans l'affaire ordinaire et irremplaçable de prendre soin d'un enfant.

Vie et héritage

Mary Stevenson Cassatt naît en 1844 à Allegheny City, en Pennsylvanie, dans une famille riche et cultivée ; son père est un agent de change et spéculateur foncier prospère, et l'aisance du foyer offre très tôt à Cassatt un avant-goût de l'Europe, où la famille vécut plusieurs années durant son enfance, puis lui procure l'indépendance financière nécessaire pour mener une carrière peu conventionnelle. Elle étudie à la Pennsylvania Academy of the Fine Arts de Philadelphie, mais s'agace de la lenteur de l'institution et de sa condescendance envers les élèves femmes ; en 1866, elle part pour Paris, déterminée à étudier les maîtres anciens de première main et à se former auprès de professeurs particuliers, l'École des Beaux-Arts restant fermée aux femmes.

Cassatt s'installe définitivement en France, soumettant ses œuvres au Salon officiel sous son propre nom tout au long des années 1870, tout en se montrant de plus en plus frustrée par le conservatisme de ses jurys. Tout change en 1877, lorsque Edgar Degas, dont elle admirait les pastels dans la vitrine d'un marchand, l'invite à rejoindre le cercle des artistes indépendants exposant hors du système du Salon. Ce fut, dira-t-elle plus tard, le tournant de sa vie artistique : elle pouvait enfin peindre comme elle voyait, sans compromis. Elle expose avec les impressionnistes lors de quatre de leurs expositions de groupe et reste la seule Américaine jamais formellement invitée dans leurs rangs. Son amitié avec Degas devient l'une des relations déterminantes de sa carrière, un échange de conseils techniques, de critiques acérées et de respect mutuel qui façonna son dessin, ses expérimentations au pastel et ses incursions ultérieures dans la gravure en couleur, même si les tempéraments notoirement irascibles des deux artistes mirent parfois leur amitié à rude épreuve.

Cassatt ne se maria jamais, un choix qu'elle considérait comme nécessaire plutôt que regrettable : un mari et des enfants à elle, croyait-elle, auraient rendu impossible le travail exigeant et peu glorieux d'une peintre professionnelle. Elle investit cette indépendance dans son art et dans une seconde carrière, de plus en plus influente, de conseillère auprès de riches collectionneurs américains, notamment ses amis Louisine et H. O. Havemeyer, orientant leurs achats vers Manet, Degas, Courbet et les vieux maîtres espagnols. Par ce discret travail de conviction, elle fit autant que n'importe quel marchand pour introduire l'impressionnisme dans les musées américains, de nombreuses acquisitions Havemeyer ayant fini par entrer au Metropolitan Museum of Art. Dans ses dernières années, une vue déclinante limita sa peinture, et elle canalisa son énergie considérable dans le combat pour le suffrage des femmes, prêtant son nom, son argent et sa conviction que les femmes méritaient une pleine citoyenneté à la cause. Elle meurt en 1926 au château de Beaufresne, presque aveugle mais toujours considérée, des deux côtés de l'Atlantique, comme l'une des peintres les plus redoutables de son époque.

Cinq tableaux célèbres

Le Bain de l'enfant by Mary Cassatt (1893)

Le Bain de l'enfant 1893

Cassatt abolit la distance entre le spectateur et le sujet : nous regardons presque à la verticale, plongeant dans une bassine rayée où une mère maintient le pied nu de son enfant dans l'eau, les deux têtes penchées l'une vers l'autre, de profil. L'angle en plongée, le lavabo tronqué et le motif rayé audacieux de la robe de la mère proviennent tous directement des estampes japonaises que Cassatt avait intensément étudiées quelques années plus tôt. Pourtant la composition ne paraît jamais empruntée ; la prise tendre et un peu maladroite des mains autour d'un pied qui se tortille se lit comme une vérité observée, cette chorégraphie domestique non posée que seul un œil patient et sans sentimentalisme pouvait saisir.

La Partie de canotage by Mary Cassatt (1893-94)

La Partie de canotage 1893-94

Peinte après un hiver passé dans le sud de la France, La Partie de canotage est l'expérience la plus audacieuse de Cassatt dans un design aplati d'inspiration japonaise : un mur de bleu marine non modulé occupe près du tiers de la toile, le large dos du rameur, tandis qu'une mère et son enfant en jaune et blanc ensoleillés occupent l'autre extrémité de la barque. La diagonale abrupte du plat-bord et la rame radicalement tronquée doivent une dette évidente aux estampes ukiyo-e. Contrairement à ses intérieurs plus intimes, cette scène en extérieur paraît presque étrangement graphique et moderne, la tension silencieuse entre le rameur sans visage et la mère attentive délibérément laissée sans résolution.

Petite fille dans un fauteuil bleu by Mary Cassatt (1878)

Petite fille dans un fauteuil bleu 1878

Une petite fille agitée s'affale de biais dans un fauteuil bleu à motifs damassés, un bras jeté par-dessus le dossier, les jambes écartées avec l'abandon inconscient d'une enfant trop lassée pour rester assise sagement pour l'artiste. Cassatt fait basculer le sol vers le haut et laisse les fauteuils, rendus d'une touche libre et vigoureuse, envahir le cadre dans une composition nettement inspirée de Degas ; Degas lui-même aurait retravaillé l'arrière-plan. Le tableau scandalisa le jury qui le rejeta d'une exposition officielle, précisément parce qu'il se débarrassait des conventions mièvres de l'époque pour peindre l'enfance, présentant à la place une enfant précise, agitée, crédible, dans un moment sans grâce apparente.

Mère et enfant (Le Miroir ovale) by Mary Cassatt (1899)

Mère et enfant (Le Miroir ovale) 1899

Une mère soulève son enfant aux joues rondes devant un miroir ovale, leurs deux visages répétés et dédoublés dans le reflet, si bien que la toile devient une méditation sur la ressemblance transmise du parent à l'enfant. Cassatt organise le couple en une étreinte pyramidale resserrée, le bras nu de l'enfant tendu pour toucher le verre, tandis que des touches larges et assurées de rose, de blanc et d'or décrivent la chair et le tissu sans rien de la brume adoucissante propre au sentiment académique. Le motif du miroir, l'un des favoris de la Cassatt de la maturité, approfondit un moment domestique par ailleurs simple en un essai discret sur la ressemblance et le lien des regards entre générations.

Femme au collier de perles dans une loge by Mary Cassatt (1879)

Femme au collier de perles dans une loge 1879

Présenté à la quatrième exposition impressionniste, ce portrait place une jeune femme élégante dans une loge de théâtre, sa main gantée levée jusqu'au menton, un rang de perles luisant contre ses épaules nues et un éventail posé, prêt à l'emploi. Cassatt rend le velours rouge de la loge et les moulures dorées par des touches rapides et texturées qui se dissolvent en abstraction de près, tandis que le regard froid et évaluateur de la modèle retourne vers le spectateur la dynamique habituelle du théâtre, où l'on regarde les femmes autant qu'elles regardent. Il compte parmi les portraits mondains les plus assurés de Cassatt, rivalisant avec les scènes de loge d'opéra de Renoir tout en gardant sa touche propre, plus sèche et plus alerte.